By Xavier Poujade

dimanche 20 mai 2012


Bon, par quoi commencer... Déjà, où j'en étais dans mon dernier article ? Ah oui, je venais de passer un mois en Dordogne si je ne m'abuse ? Même que j'avais pas fini d'ailleurs. Je vais donc résumer : après le séjour à Lentignac, je suis allé au Bourmier, chez Lenni Dipple, poétesse anglaise installée là et militante active du mouvement "slow food", et sa fille Corinne (qui s'occupait plus particulièrement du potager). Un séjour inoubliable à la fin duquel j'ai pu assister à une réunion poétique internationale lors d'une soirée où je me suis senti comme un poisson dans l'eau ! Je suis d'ailleurs resté en contact depuis avec les Dipple mère et fille, notamment parce que je me suis découvert une certaine compétence pour traduire des textes de l'anglais vers le français (en fait c'étaient des poèmes écrits en néerlandais par une hollandaise invitée pour l'occasion ; Lenni les avaient traduits avec elle en anglais et mon boulot a consisté à les traduire à mon tour vers le français, Lenni ne se sentant pas assez à l'aise dans notre langue pour ce faire)...

Ensuite, je suis repassé une journée ou deux chez mes parents le temps de changer d'affaires et suis reparti pour le nord de l'Héraut. Ce fut je dois dire ma seule expérience négative dans le woofing, et pourtant le séjour commençait sous les meilleures auspices... Un domaine perdu dans les collines cévenoles non loin du village magnifique d'Olliargues, au milieu d'une forêt de chênes verts et de châtaigners, avec des petites parcelles en terrasse cultivées suivant le relief naturel... D'autres woofers étaient déjà présents : une famille de Suisse fraichement revenus de 8 mois à Auroville (en Inde), une woofeuse longue-durée dont c'était justement l'anniversaire (me rappelle plus son prénom), un woofer breton nommé Denys (il insistait sur le "Y"), deux stagiaires en BPREA à Béziers (je reparlerai du BPREA ensuite), et bien sûr mes hôtes avec leurs 2 filles plus Thomas, un jeune employé (le seul à dire vrai)... Le soir de mon arrivée, j'étais complètement émerveillé car j'avais vraiment l'impression d'être en pleine nature, loin de la civilisation. Dans ma caravane personnelle (ils en avaient 4 ou 5 spécialement pour les woofers), je me suis endormi comme un gamin impatient d'être déjà au lendemain. Et de fait, ma première journée fut plutôt bonne, mis à part que la bouffe ne fut pas géniale ni au petit déj ni le midi... On a planté manuellement les patates et tiré le cordeau avec les deux stagiaires en BPREA et J-Louis Rey (c'est le nom de mon hôte), j'ai visité l'ensemble du domaine et le soir me suis fumé un petit bédo en prime avec Denys, qui lui par contre avait pas mal trimé cette journée avec les autres à la cueillette des orties...

Le lendemain, avec Denys, les 2 stagiaires, Thomas l'employé et Caro la femme de J-Louis, on est parti pour une mission de deux jours à plus d'une heure et demi de route de là pour la cueillette du thym... Et là, mon calvaire a commencé, et pas que pour moi ! A peine arrivés sur les lieux sur le coup des 9h30, Thomas nous a muni de serpettes (en nous conseillant de mettre des gants, j'ai vite compris pourquoi), nous a montré le bon geste pour cueillir la partie supérieure des tiges en inflorescence (le thym se ramasse quand il est en fleurs) et nous a lâchés dans la nature... Et quelle nature ! Un des plus beaux endroits que j'aie visité de tous mes séjours réunis : non loin du lac du Salagoux, dans un lieu privé s'étendant sur je ne sais combien d'hectares, avec un sol rouge sang et une lande aride, le tout formant un paysage avec de mini-cañons comme dans un western américain... Sans rire, si j'avais eu mon appareil photo, j'aurais pu faire croire à n'importe qui que je l'aurais prise dans la "Death Valley" !

Mais la beauté du paysage n'est pas tout : sous un soleil de plomb, avec juste de l'eau dans des bidons plastiques de 15 litres qu'on a mis comme on a pu à l'abri des rayons sous des buissons d'épineux, la cueillette a rapidement tourné à la torture. Je me revois avec mon sac de courrier postal (tu sais les gros sacs marrons en toile de jute !), essayant de le remplir désespérant au même rythme que Thomas ou Caro, avec mes gants déchirés au bout d'une heure avant de se disloquer et de partir en lambeaux à tel point que j'ai dû me l'attacher directement avec du gros scotch marron ! La vache, comment j'ai ramé, n'allant vider qu'un sac d'une dizaine de kilos pendant que Caro et Thomas en vidaient 2 de 18 dans le même, comme des machines ! Et y'avait pas que moi qui ramait, même si mes compagnons d'infortune s'en tiraient mieux que moi dans le remplissage de leurs sacs. Le midi, courte pause juste le temps de manger ensemble, à côté des camionnettes, et c'était reparti... On a fini comme ça le premier soir avec la nuit tombante, vers les 21 heures !! Le soir, même menu que le midi, à savoir pain maison déjà pas terrible le matin, devenu dégueulasse, pommes de terres froides avec des sauces de pâtés végétaux (pas franchement bons non plus) et quelques fruits... On n'a pas trainé pour discuter longtemps et on s'est tous couché dans les tentes qu'on avait monté à la va-vite à la lueur des lampes électriques.

Et le lendemain matin, pas tout à fait levés avec le jour mais presque, après une nuit où j'avais très mal dormi, rebelote pour la journée. Je ne sais plus comment j'ai fait pour tenir encore toutes ces heures, cassé en deux au milieu des massifs épineux pleins de chardons et d'aubépines acérés intriqués avec les pieds de thym à ramasser ! J'ai eu soif, j'ai eu faim, j'ai eu chaud, j'ai jeté mes gants définitivement à la pause de midi, à cause du scotch qui tenait mal avec la sueur (de toute façon je m'étais déjà entaillé le bord de la main droite côté petit doigt, gêné par le gant rabiboché et l'épaisseur de scotch, alors, foutu pour foutu !). Vers 6 heures du soir je me souviens, avec Denys et les 2 stagiaires, on s'est demandé si c'était pas fini, puisqu'on savait qu'on devait revenir au domaine pour manger... Ah, tu parles ! On a continué comme la veille, jusqu'à ce que la luminosité soit trop faible ! Je peux te dire que j'ai pris mon temps ces dernières heures, et bien discuté avec mes collègues : on était tous dégoûtés et révoltés par les abus du couple de nos hôtes sur la gentillesse des woofers ! Y'avait de la révolte dans l'air, et les 2 stagiaires avaient les boules car ils n'étaient pas venus pour ça, mais pour étudier l'aspect maraichage de l'exploitation des Rey...

On a fini par revenir, avec notre chargement de 500 kg de thym frais, aux alentours de minuit ! La famille Suisse avait heureusement pensé à nous et cuisiné quelque chose, J-Louis étant de sortie chez des amis ce soir-là ! (sic). Pour la douche, il a fallu la prendre dans la seule de l'habitation principale, avec une eau chaude par intermittence et sans pression... ça commençait à faire beaucoup pour moi, et comme si ça ne suffisait pas, j'ai été uriné avant d'aller dormir et j'ai eu la désagréable surprise de me taper une méchante crise urinaire qui m'a tenu éveillé une bonne partie de la nuit !

Le lendemain matin, pensant qu'on avait droit à un repos mérité, je me suis levé que vers 10h. Pour constater que tout le monde était déjà debout et au boulot ! J'ai mangé sereinement, ayant dès lors pris ma décision irrévocable dans ma tête de me casser dans la journée de cette baraque de fous, puis je suis parti à la recherche des autres. J'ai fini par tomber sur Thomas, l'infatigable employé qui avait terminé de déblayer tout un étage d'une grange des branches de thym à présent séchées de la session précédente (une cueillette de thym par semaine à cette période) et qui m'annonce que je vais pouvoir l'aider à monter les ballots de la cueillette de la veille pour les mettre à sécher. Je lui ai dit que "peut-être" je l'aiderai d'un ton sec, ce qui l'a soufflé visiblement puisqu'il n'a pas relevé, et je suis allé trouver Denys avec qui j'étais devenu pote, qui bricolait je sais plus quoi vers le séchoir. Je lui ai vite dit que je comptais partir sans tarder et que je pensais aller manger à Olliargues. Je lui ai demandé s'il voulait que je le pose quelque part, il a hésité un moment, puis a finalement choisi de rester mais de venir manger avec moi et de s'accorder un break pour la journée. Je suis allé prévenir Caro, puis je me suis expliqué avec J-Louis qui a fait le surpris, s'est désolé de ma douleur urinaire, m'a même proposé de revenir quand je voudrais (!), et j'avoue qu'en partant, il avait l'air tellement sincère et sympa que j'ai presque eu mauvaise conscience, me demandant si j'étais pas un peu trop douillet après tout !

Mais heureusement, le même jour et au même moment, la famille Suisse qui était là depuis une dizaine de jours a décidé également de quitter les lieux. Et sans que ce soit prévu, on s'est retrouvé au même petit bar-restaurant à Olliargues. On a donc bavardé et je me suis aperçu que non, je n'étais pas le seul à avoir beaucoup à redire quant à la façon d'accueillir les woofers des Rey. Les pauvres étaient proprement dégoutés, pensant terminer leur année sabbatique déjà désenchantée par leur expérience à Auroville (qui ne fut visiblement pas des plus sereines) par une note plus positive avec le woofing... Puis ils sont partis de leur côté, j'ai fini de déjeuner avec Denys, on a échangé nos tels, et je l'ai raccompagné au domaine avant de me tirer de là avec un grand ouf de soulagement !!

Je me souviens sur le retour d'avoir choisi délibérément de suivre un autre itinéraire que le plus rapide qui me faisait prendre l’autoroute. Je ne peux pas dire que j'ai eu tort, tant les paysages que j'ai traversé cet après -midi là étaient splendides.. sauf que dans un virage, en rétrogradant en troisième, mon embrayage s'est retrouvé bloqué d'un coup : plus moyen de passer une vitesse !! Heureusement que je ne roulais pas trop vite et que j'ai eu la place de tout de suite me garer au bord de la route ! Dégouté, me voilà en train d'aborder un papy qui rentrait ses quelques moutons. Le vieux, super sympa, de me présenter sa femme, adorable également, et de me composer le numéro du garagiste local. Le gars est arrivé, avec une tronche de rusé salopard comme on en voit rarement, mais heureusement qu'il y avait le papy avec moi, qui le connaissait depuis gamin, du coup le garagiste m'a diagnostiqué la bonne panne : la courroie de débraillement qui s'était coincée comme ça peut arriver exceptionnellement. Il m'a montré ce que je devrais faire si ça se reproduisait. Je lui ai filé mes dix derniers euros pour le dépannage, j'ai remercié mon papy chaleureusement et suis reparti.

Le meilleur : c'est que quand je suis arrivé enfin chez mes parents, vers 22h, après 7 bonnes heures de voyage tout compris, je suis allé machinalement chercher les clefs de secours là où elles étaient sensées être cachées (mes parents s'étaient absentés 2 ou 3 jours et ne devaient revenir que le lendemain, ce que je savais très bien). Ne les trouvant pas du premier coup, je commence donc à m'agacer. Ne trouvant toujours pas, je retourne tout, me tords dans tous les sens pour inspecter tous les recoins imaginables, je peste, je rage, je crie aux étoiles que c'est vraiment trop injuste ! Rien n'y fait : me voilà condamné à dormir dans la véranda sans avoir rien avalé depuis le midi... Je ris de m'en souvenir, mais le lendemain en fin de matinée, fatigué mais l’œil vif, je suis allé au lac de Neuvic, où je savais trouver la Guinguette ouverte pour manger une pizza gratuite gagnée l'été précédant au tournois de volley ! Comme quoi, ça peut servir à quelque chose d'être volleyeur !! Et j'avais tellement faim que j'en ai payé une seconde dans la foulée, que j'ai terminé sans en laisser une miette !

Voilà pour le récit de ma seule expérience négative en woofing... Et encore, à relativiser, car de ce séjour j'ai appris pas mal de choses, et c'est durant cette période que j'ai su que j'entreprendrai moi aussi un BPREA, ce qui signifie : Brevet Professionnel de Responsable d'Exploitation Agricole. J'y ai aussi sympathisé avec mister Denys, que je retrouverai lors de mon séjour suivant, mais ceci est une autre histoire. A vous les studios :)

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