By Xavier Poujade

jeudi 23 juin 2011

En Dordogne, ça cogne !

Avril 2011 : je prends la direction de ce département phare du Périgord, terre riche s’il en est, tant du point de vue historique, culturel qu’agricole.

C’est dans ce département que se trouvent, en vrac, la vallée de la Vézère (devenue célèbre par les nombreuses grottes et sites préhistoriques qui la jalonnent, dont la fameuse Lascaux), Sarlat-la-Canéda, très belle cité médiévale hautement touristique, une culture gastronomique particulièrement réputée, avec ses fameux chênes truffiers par exemple… Ici aussi que l’on produit les vins de Bergerac, Monbazillac et autres dont j’ai plus le nom en tête.


La terre y est si riche, avec une belle couleur brune, à la fois sableuse et argileuse, et le climat si favorable qu’on peut littéralement y faire tout pousser. A se demander pourquoi, ici pas plus qu’ailleurs, la soi-disant nécessité d’employer fertilisants, herbicides, pesticides et autres saloperies n’a pas été encore totalement abandonnée, tant ils pourraient s’en passer très bien.

Mais bon, l’agriculture étant dépendante du système croisé des subventions nationales et européennes, de la mécanisation et de l’endettement, je crois tout simplement que les paysans ne se posent même pas la question d’avoir le choix…


Or donc, un 4 avril après-midi, me voilà arrivé sur la place principale d’un village charmant du doux nom de Sainte-Alvère, attendant que mon hôtesse me rejoigne pour m’accompagner sur les lieux de son travail. Il fait un temps splendide et c’est dans cette lumière éclatante que j’arrive dans un minuscule hameau où toutes les maisons ressemblent à des manoirs en pierre taillée… sauf, au milieu de ces imposantes demeures, une espèce de bidonville miniature, construit de bric et de broques, avec du bois pour les murs et des couvercles de bidons en zinc pour toiture. Un assemblage qui jure avec le reste, mais qui n’est pas sans manquer d’un charme rustique.

Je participe à la fin de ce jour de travail en repiquant des menthes et en discutant tranquillement à l’ombre du hangar principal.

Mon hôtesse, la quarantaine finissante, a un compagnon de 30 ans, dont j’apprends rapidement qu’il est un ancien woofer arrivé l’année passée, et qui n’est pas reparti. Excellente prise de contact, je sens super bien ce séjour qui s’annonce.

Vient le moment de quitter ce petit paradis pour retourner à l’endroit où ils habitent, à 30 Km de là, à Bergerac. Ils me donnent le choix de les accompagner, ou de planter ma tente sur place, si je préfère : en effet, il y a sous abri une gazinière, une glacière, un évier et de quoi cuisiner sans problèmes… Je marque une hésitation, car je me sens bien à cet endroit, mais finalement je fais la réflexion que ça fait partie du wwoofing de partager le quotidien de ses hôtes, et donc de voir l’endroit où ils vivent.


Mauvais choix : dès mon arrivée sur Bergerac, mon sang ne fait qu’un tour… Shit ! Ils habitent une cité qui ne dépareillerait pas en région parisienne, avec la bande de jeunes casquetteux bières en main, la soularde qui beugle par la fenêtre et le tatoué ras du front qui promène d’un air rageux le caniche à sa mémère…

Je suis dégoûté ! Avoir quitté Paris pour me retrouver dans une ambiance similaire, alors que j’aurais pu camper dans un si joli hameau paisible !

Mon hôtesse ne s’y trompe pas d’ailleurs. A peine arrivés dans leur appartement, elle me demande en souriant : « Alors, tu préfères t’installer ici ou rester sur Lentignac ? » Ma réponse fut franche et directe, elle et son compagnon ont souri, m’assurant qu’ils me comprenaient parfaitement ! En fait, le terrain à Lentignac appartient à une cousine de mon hôtesse, qui accepte de lui prêter, vu qu’elle n’y va jamais, mais refuse mystérieusement de lui vendre (ah, les histoires de famille)… Alors bien sûr qu’elle rêverait de pouvoir s’y installer à demeure, même chichement, plutôt que de vivre dans cette cité sans âme.

Dès le lendemain donc, après une mauvaise nuit hachée par les cris d’un gamin l’étage du dessous, sans que personne ne semble s’en préoccuper, j’ai remballé mes affaires illico, bien décidé à planter la tente et à ne plus quitter Lentignac avant la fin de mon séjour.


Les deux semaines sont passées vite. La journée commençait vers 10h, à l’arrivée de mes hôtes, et finissait généralement vers 18h / 19h, ensuite de quoi ils repartaient vers Bergerac, tandis que commençaient pour moi de douces soirées en solitaire, avec les rires des enfants du coin et le chant des oiseaux pour me tenir compagnie…

Le travail durant ces 15 jours a consisté à cueillir des pissenlits, des primevères officinales, des fleurs d’aubépine, des jeunes pousses de pin sylvestre, à replanter des pieds de thym d’un endroit à un autre, à désherber des pieds de menthe, à arracher de mon mieux des racines de Bardane, à planter des soucis, des verveines, des bourraches, à émonder des orties préalablement séchées, à repiquer du fenouil, de l’aneth et des oignons, à empierrer des bandes de lavande et à arroser le tout le soir, si mes hôtes n’avaient pas eu le temps de le faire.

C’était une vie très agréable, même si j’en ai sué lors du désherbage, tant la chaleur fut intense tout au long de ces deux semaines. C’était le début de cette fameuse sécheresse dont on n’a pas fini d’entendre parler.

Une fois par jour, je me rendais à la source toute proche pour remplir mes bidons et bouteille d’eau fraîche. Chaque matin, j’exposais au soleil une poche de douche très ingénieuse (je ne connaissais pas), qui me permettait de me laver le soir avec une eau délicieusement chaude à point. Du hameau où j’étais partaient des chemins de randonnée que j’ai tous fini par parcourir, me rendant au hameau sur la colline suivante sans même croiser une route goudronnée…

Un véritable petit paradis sur terre, te dis-je !


Le premier week-end, le compagnon de mon hôtesse est resté camper avec moi. L’une des pièces du puzzle bricolé servait de chambrette pour le couple, mais elle devait retourner à Bergerac, car elle a un fils de 17 ans qu’elle ne voulait pas laisser seul. On en a profité pour aller s’en jeter une derrière la cravate, et même, une fois sur place, à Limeuil (très joli village au croisement de la Dordogne et de la Vézère), on a été jusqu’à se faire un bon petit resto. Cool la vie. J’ai bien sympathisé avec lui, c’est vraiment un mec bien, mais du coup je me demande si cela explique la fin de séjour ? J’y reviendrai…


Le jeudi de la deuxième semaine, on est allé boire un verre tous les 3 à Ste-Alvère. A un moment, la conversation a dérivée sur la situation du monde actuel, le monde des finances, l’histoire du capitalisme.. Bref, des sujets, tu me connais, qui me tiennent à cœur.

Et là, à mon grand étonnement, le ton est monté entre mon hôtesse et moi. Je ne me suis pas énervé, mais je me suis senti obligé de rétablir quelques faits et vérités car elle me soutenait, figures-toi, que, en gros, le capitalisme était aussi vieux que l’humanité, que c’était naturel à l’homme… Tu te doutes bien, me connaissant, le genre d’arguments que j’ai immédiatement dégainés, car enfin, historiquement parlant, le capitalisme n’est qu’une évolution somme toute récente du système de domination, essentiellement de type patriarcal depuis les temps historiques, système de domination qui a connu d’autres visages en d’autres époques (le féodalisme du Moyen-Âge, les monarchies et/ou théocraties antiques, sans parler bien sûr des sociétés dites primitives qui sont hors course d’après mon hôtesse).

Et puis je lui ai fait un bref résumé de l’histoire récente de notre civilisation occidentale à travers les manipulations reconnues des grands personnages financiers, lui rappelant les principaux faits (telle la création de la FED en 1913, ou la crise de 1929 qui a mené le monde à la 2ème guerre mondiale), ainsi que les déclarations de certains banquiers, comme ce cher enculé de sa mère de Rockefeller qui n’a pas hésité un jour, non sans ironie, à remercier tous les grands médias de ce monde pour leur participation active à la rétention d’information, sans quoi « ils » (les banquiers) n’auraient pas réussi à diriger le monde aussi facilement… Bref, elle m’a soutenu alors que : 1) j’étais parano ; 2) que ma vision de l’histoire était totalement erronée, et que le pouvoir politique n’était pas le subordonné du plus grand pouvoir des banques et multinationales ; avant de se lever en 3) pour m’annoncer que la conversation était finie et de s’en aller (me laissant le soin de payer le pot comme j’avais proposé).

Cet épisode m’a soufflé. Ca m’a même travaillé une partie de la soirée, car elle s’était montrée limite agressive et insultante sans prévenir, alors que j’étais resté dans le ton de la conversation. Le lendemain, on s’est salués comme si de rien était et elle s’est montrée plutôt amicale. Je me suis dit que c’était oublié, j’ai ravalé mes envies de terminer malgré tout la conversation, j’ai même évité ce genre de sujet jusqu’à la fin.


Tout ça pour dire que je les avais prévenu le samedi que je partirais le lundi matin vers 11h. On ne s’est pas vu le dimanche, mais ils m’avaient dit tous les deux qu’ils arriveraient comme d’hab vers 10h pour me dire au revoir.

Je les attends toujours. Je leur ai laissé un mot avant de partir, pour les remercier comme il se doit de leur accueil, et, avec sincérité, de l’excellent séjour passé à Lentignac, mais je n’ai jamais eu le moindre retour, ni par mail, ni par sms ou coup de téléphone.

Je ne sais pas. Les gens sont bizarres tout de même. M’en a-t-elle voulu pour cette discussion légèrement houleuse, ou le fait que je m’entende bien avec son copain l’avait-elle rendu en quelque sorte jalouse, ou encore m’en a-t-elle voulu pour autre chose dont je n’ai même pas conscience ? A moins qu’ils n’aient eu un terrible accident sur la route en venant ce jour là, je n’ai pas d’explication valable à cela. Je leur enverrai un petit mail malgré tout, pour prendre une dernière fois de leurs nouvelles, on verra bien.


Quoiqu’il en soit, c’est vrai que j’ai passé un excellent séjour avec eux. J’ai fait le touriste aussi, et vu de magnifiques villages, visité une grotte, me suis bien baladé en somme.

Et la Dordogne n’avait pas fini de m’abreuver de moments excellents, puisque j’enchaînais immédiatement un autre séjour, plus du côté de Périgueux cette fois, mais ceci est une autre aventure…

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